Diffratis #6, septembre 2021

chaise-à-porteur-tenségrité       Chaise-à-porteur-tenségrité

  1. Fiction
    bois de chêne, câble d’acier inox, acier et toile de coton
    240 x 160 x 120 cm.
    Jardin de Marie-Aline et Yves VIGNAU
    32 impasse d’Agen, Bordeaux
    Surgie d’un monde imaginaire où la Révolution de 1789 n’a pas eu lieu, cette chaise à porteurs convoque un des symboles de l’Ancien Régime.
    Dans cet horizon fictif ou réinventé1, la modernité semble néanmoins avoir fait son chemin : l’objet rejoint par sa forme et ses matériaux nos codes du
    mobilier de jardin d’aujourd’hui. Léger et souple, il adapte le modèle de la chaise longue de type « transat »2 aux principes de la tenségrité3 .
    Six tasseaux ou demi-chevrons de chêne (dont deux longues hampes ) s’orientent dans les trois directions de l’espace. Un réseau de câbles hypertendus
    relie et distribue à distance les uns des autres ces éléments de l’assise . Le siège est constitué d’une toile de coton bleu roi auquel s’ajoute un haut-vent
    carré de même couleur.
    L’ensemble de ces éléments esquissent une sorte d’habitacle ouvert, lumineux, différent de la cabine exiguë destinée aux passagers du XVIIIe siècle.
    Soumise à deux siècles d’évolution et d’ influences multiples par des modes de vie ultérieurs , elle n’en conserve pas moins sa fonction première : un
    moyen de transport aristocratique pour circuler entre des espaces privés, jardins ou palais, par des passages étroits ou accidentés, à l’écart des voies
    plus rapides.
    A l’image de cet objet de fiction, la modernité reprend-elle à notre insu, sous de nouvelles modalités technique et esthétiques, les motifs et les usages
    d’une autre époque, malgré l’infinie diversité des possibles et le cycle des révolutions?
    Le public, selon son rang, à défaut d’y répondre, est invité à prendre place. Mais sommes-nous maître ou serviteur ? Où sont les porteurs ?
    Xavier Rèche vit et travaille à Bordeaux et dans le Tarn-et-Garonne. Il enseigne et collabore occasionnellement à des projets artistiques dans les
    domaines de la musique et de l’architecture. Sa démarche procède d’une « exploration des alentours »: observer les propriétés d’un paysage, composer
    avec l’imaginaire du lieu et ses perspectives narratives, par des installations ponctuelles d’oeuvres souvent éphémères .
    Parmi ses réalisations récentes les Pièces d’ébullition sont une famille de sculptures construites sur des principes de tenségrité, composées de baguettes
    ou de chevrons reliés par un réseau continu de câbles d’acier. Cette technique de construction des volumes est associée à des conditions de tension, de
    pression et d’équilibre dans la matière. Dans leur forme, ces oeuvres expriment l’énergie de leur production comme l’imminence de leur destruction.
    Elles lui inspirent des Barrages, un Grand Ligneux, une Hydre, des Giclées, des Sismologies et le projet en cours de La pente des eaux qui réunit un
    ensemble d’embarcations.
    1 Des thèmes de fiction tels que celui-ci, que l’on nomme « uchronie » , décrivent un présent imaginaire qui ne découle pas des faits qui se sont réellement produits ( révolutions,
    inventions, découvertes ) mais d’une Histoire différente, réinventée ou falsifiée.
    2 transat : chaise longue pliable, légère, cannée ou entoilée, popularisée par son usage sur les paquebots Transatlantiques, à la fin du XIXe siècle.
    3 tenségrité : principe de construction équilibré associant des « bâtons » avec un réseau continu de câbles tendus.

La sixième édition de Diffractis #6 a eu lieu les 10-11-12 septembre 2021dans les Quartiers Nansouty et Sacré-cœurs.
Elle a réunit 20 artistes autour d’un parcours d’art contemporain dans 16 jardins. Débuté il y a un an, ce projet a reçu la collaboration d’acteurs divers dans les domaines de l’urbanisme, du patrimoine,  de l’écologie et des arts plastiques
Cette édition 2021  fera prochainement l’objet d’un catalogue pour archiver et illustrer l’ensemble de ces collaborations.

programme complet et plan du parcours